Mots-clés

, , , , , , , , ,


paste fericitIl y a quelques jours, je reçois un coup de fil d’une amie. On bavarde comme des filles et d’un coup elle me dit qu’elle part pour Pâques chez ses beaux-parents, dans le Sud de la France. Moi, je n’arrive pas à percuter: « Mais quoi, c’est déjà Pâques? » Je ne l’avais pas vu arriver.

C’est vrai, ici en France, je ne ressens pas de la même manière les fêtes de Pâques. Oui, je sais, il s’agit de Pâques catholique, et pas de Pâques orthodoxe (qui est fêté  par 85% de la population roumaine),  mais il s’agit de l’esprit, des traditions que je ne sens/vois pas trop chez les gens d’ici. « Nous avons un grand week-end, et ça c’est cool« , j’entendais l’année dernière dans la même période. Rien sur les préparations,  et pas beaucoup de coutumes: « Nous on cache les œufs au chocolat dans le jardin pour les petits, et on va à la Messe.« , se confie un ami.

Je me souviens qu’en Roumanie, chez ma grand-mère (ou chez mes parents), dans la Semaine Lumineuse/Semaine Sainte, la semaine avant la Résurrection du Christ, on faisait toutes les préparations pour la fête: des œufs peints en rouge, dessinés avec de la cire de bougies ou décorés avec des fleurs de printemps. En Roumanie, peindre les œufs est une tradition très ancienne et c’est devenu un véritable art. Nos grands-parents, les artisans, font des motifs folkloriques, des symboles chrétiens.

Pendant cette semaine on prépare des gâteaux ronds au fromage ou au chocolat (qui s’appellent en roumain « pasca« ) ou des gâteaux aux noix («cozonac»), mais aussi le «drob», une sorte de tarte préparée avec les abats de l’agneau sacrifié pour Pâques. C’était la semaine où on ne mangeait pas de viande, on priait beaucoup, on nettoyait le jardin, on remplissait la maison de fleurs et on se rendait à l’église pour assister aux messes.

Dans la nuit de Pâques, avec tout la famille (les grands-parents, les parents, les enfants), on allait à l’église. Mais avant d’y aller, les plus vieux mettent dans une coupe remplie d’eau fraiche de la fontaine, un œuf rouge et une pièce d’argent – le lendemain matin, la premier jour de Pâques, on devait se laver avec cette eau – un rituel pour rester en bonne santé, avoir les joues rouges comme l’œuf, et pour être pur et beau comme l’argent.

Je me souviens qu’avec toute la famille et les gens du village, on allait à pied à 3 kilomètres vers un monastère un peu loin du village de mes grands-parents et, après la Messe de minuit on rentrait à la maison à pied pendant 3 kilomètres avec les cierges allumés à la main. Une voie sombre à travers les montagnes, avec un groupe d’une centaine de gens avec des bougies allumées…C’était féérique!!!

Arrivés à la maison, on devait cogner les œufs rouges en disant «Hristos a Inviat/Adevarat a inviat»…et ainsi on se lançait dans de vrais concours qui duraient durant les 3 jours de Pâques. Il s’agit d’une tradition populaire très vivante en Roumanie – on s’affronte par deux, on cogne les œufs rouges, et celui qui casse celui de l’autre, est le gagnant, le plus fort, heureux pour l’année.

Je n’ai pas beaucoup de choses que me manquent de la Roumanie, je ne suis pas très nostalgique, je l’ai dit et je le redirai, mais les traditions sont des choses qui me tiennent à cœur, que je vais essayer de les mettre en œuvre, de les reproduire ici. Peut-être pas le pèlerinage avec les bougies, mais préparer de la nourriture et faire des concours en cognant les œufs sont des traditions que je vais respecter. 🙂

Paște Fericit! Joyeuses Pâques! Happy Easter!