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Chez mon oncle IonIl y a 8-9 ans environ, je me suis décidée à quitter la Roumanie. Trop d’injustices qui me rendaient furax (je suis une personne révoltée depuis ma naissance), en tant que journaliste c’était vraiment la merde. Après quelques passages dans la presse politique, sociale etc, dernièrement je travaillais pour un magazine web pour les femmes qui était devenu en seulement quelques mois une espèce… « d’agence de presse de Kim Kardashian », avec  X « articles » par jour sur des futilités qu’on oublie en 3 secondes, avec des boss qui nous faisaient comprendre qu’ils pouvaient nous dégager du jour au lendemain, car notre boulot aurait pu être fait par n’importe qui… Des leaders qui savent motiver quoi… Et croyez moi, écrire X articles par jour, tous les jours, sur des bombasses genre Kim Kardashian n’est pas si simple, t’as besoin de beaucoup d’imagination, de calme, de tact, de l’intelligence, des connaissances en chirurgie esthétique, un esprit d’investigation, de la rigueur, du « je-m’en-foutisme »  L.O.L… Bref, il y avait, dans ma vie, le vide profond –  je n’arrivais plus à voir l’avenir.

A la fin de l’été 2008, je suis partie à Berlin. Quelques jours, peut-être une semaine. Après plus de 10 ans, je sortais de la Roumanie, et là, j’ai eu le déclic –  il faut que je parte de la Roumanie, voir ailleurs, ouvrir mon horizon, faire un master quelque part, ne plus lutter avec le vent, faire autre chose, chercher ailleurs ce qui me manque le plus –  Le Respect.

Arrivée en Roumanie, la décision est prise- je me barre. Tout court! Il le faut! Je ne veux pas arriver au point d’HAÏR le plus beau métier du monde à mes yeux, celui de journaliste. Je n’avais rien derrière ma tête, rien de clair, l’idée c’était de faire un master ailleurs, partir, faire des choses qui me rendent heureuse, aider les gens, me reconvertir dans un autre métier, mais un qui me fait sentir utile. Je postule pour des masters en Ecosse et un peu partout, je passe des examens pour avoir le certificat de langue anglais, je cherche encore des masters, j’envoie de dossiers, j’avais l’impression de m’étouffer entre le boulot avec les grosses enquêtes sur les fesses et les pellicules du clan Kardashian, le manque de perspectives, le fait de me sentir inutile, dans un piège…  J’avais besoin de respirer autre chose. A ce moment j’ai réalisé que si tu veux quelque chose très fort et tu bosses dur, il y a une grooooosse possibilité que cette chose-là puisse t’arriver. J’ai été acceptée pour un master en tourisme à Glasgow, mais le hasard de l’amour a fait que je suis arrivée finalement à Paris (être bourrée à Vama Veche peut te faire changer d’avis LOL) Où j’ai fait mon master, un autre en communication web. Où j’ai vécu, pendant 5 ans, des challenges comme je n’ai pas eu en 30 ans. Partir je pense que c’était la meilleur décision de ma vie! Jusqu’à ce moment 🙂

J’avais 9 ans quand a eu lieu la Révolution, quand Ceausescu est tombé (et a été tué), mais je me souviens bien les queues pour acheter de la viande, du lait, je me souviens les cartes pour acheter du pain, les défilés sur le stade de Piatra Neamt pour flatter Ceausescu  –  je les vivais comme n’importe quel enfant de 5-6 ans. J’ai vu des bananes pour la première fois de ma vie à 10 ans –  mamie les avait mises sur l’armoire pour mûrir, on les avait oubliées et on les a mangées toutes noires. L’odeur d’orange me fait pensait à Noel, même si le mange le 14 Juillet….

Je me souviens « des groupies » de Ion Iliescu, Petre Roman à Piatra Neamt (du parti FSN – parti au pouvoir après la révolution de ‘89), on avait des affiches avec eux à la maison… Oui, ils étaient plus souriants et plus jeunes que Ceausescu…. J’avais 10-11 ans, j’étais nulle en politique, comme en mathématique. Comme je le suis toujours, d’ailleurs… Mais je connais le manque de RESPECT, je connais le mépris, la frustration de ne pas pouvoir avancer, la manipulation, les abus  –  et ce sont des choses que je ne peux pas/plus tolérer.

Bref, même si « je me suis échappée », je suis partie d’un pays/un job qui ne me correspondait plus, même si je suis partie car je ne me sentais plus respectée, je suis toujours avec une oreille en Roumanie, je vois ce qui se passe, et ça me fait mal. Je ne me bats jamais la poitrine avec la paume de la main pour dire : « Je suis Roumaine !!! », je ne  cache pas que je suis Roumaine, mais ce que se passe en Roumanie depuis quelques temps me fait encore plus mal.

Je ne me déclare pas une patriote, une nationaliste, mais je me sens attachée à La Roumanie pour la vie. Et je le vis bien, ce n’est pas avec frustration que je le dis. Ils disent – « on ne peut pas choisir ses parents, sa famille », c’est la vie. Tout le monde a une croix à porter tout sa vie, et on est tous des masochiste plus au moins… 🙂

La Roumanie ne me manque pas trop, mais me fait BEAUCOUP de plaisir quand je viens la visiter tous les ans, respirer l’air de sa campagne, voir mes amis, mes parents. Et je meurs peu à peu de l’intérieur quand je vois de l’injustice, je meurs quand il y a le manque de respect, et je meurs encore plus quand quelqu’un me prend pour une conne/imbécile/pigeon ou quand quelqu’un me prend de haut…  Et toutes ces choses là je les ai senties en Roumanie pendant plus de 10 ans, et il y a des gens qui les vivent là-bas depuis 27 ans (voir plus), y compris mes parents, mes amis, ma grand-mère…

Je reste une optimiste (je le suis depuis que je suis venue en France …c’est bizarre, non? LOL), même si je vois que, dans ce monde actuel, l’échelle de valeurs est renversée (pour ne pas dire « dans une MERDE profonde ») et je passe mes jours à me demander, comme le monsieur moustachu, Francis Cabrel – « Est-ce que ce monde est sérieux ? »