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Je n’aurais jamais pensé qu’être mère serait si difficile. Je n’aurais jamais pensé que j’allais passer des nuits (et jours) à pleurer de fatigue, pleurer en regardant ma fille quand elle dort sans soucis, pleurer de joie, mais aussi d’impuissance, de peur, et penser que demain ça va être un autre jour ‘pourri’, sans beaucoup de choses nouvelles, peut-être une nouvelle diarrhée qui va me pourrir encore plus cette journée déjà pourrie.

Je suis mère depuis presque 5 mois, et je me suis un peu oublié moi-même depuis un tout petit peu plus, peut-être 6 mois. C’est parce que je n’ai pas beaucoup de temps pour réfléchir à autre chose qu’à ma fille. Ou peut être je ne sais plus organiser mes pensées. Je suis trop fatiguée pour penser à une nouvelle coupe de cheveux, ou à un nouveau boulot. Elle n’est pas un bébé compliqué, loin de ça, peut être que je suis trop immature pour avoir un bébé… après, qui est vraiment prêt à avoir un bébé ? Qui est capable de gérer toute seule (sans aide extérieur du genre maman, belle mère etc) ce bout de chou? Je pense que personne ne l’est. Et tous les livres du monde ne peuvent pas te rendre ce boulot plus facile, ou te donner une recette à suivre.

Pour moi, être enceinte ça n’a pas été LA PLUS BELLE PERIODE DE MA VIE, comme j’ai très souvent entendu. Ma peau n’était pas hyper éclatante, mes ongles pas plus magnifiques qu’avant, et si j’avais un halo autour de moi, dans le miroir moi je ne le voyais pas. Mais j’étais constipée (et pas d’hémorroïdes, chez moi ils sont arrivés après l’accouchement), j’avais des fuites urinaires, un double menton, des mains et des pieds prêts à exploser tellement ils étaient gonflés. Et dans le lit, pour tourner, j’avais l’impression de garer un camion benne dans une boite à chaussures (je n’ai pas de permis, mais je vois très bien comment manœuvrer un camion car c’était moi). Et concernant mon humeur, alors la, c’était assez oscillant, surtout dans mes derniers mois quand je prenais assez souvent les b*tes dans la rues, car mon champ de vision sur le bas de mon corps était très limitée. Je pouvais pleurer en regardant « Les petites mouchoirs » (un film qu’à la base je trouve archi nul) et rigoler au point de me pisser dessus en dansant sur Francky Vincent.

Donc, pas la plus BLA BLA de ma vie. Et ce que Florence Foresti dit sur cette période ce n’est pas un sketch, c’est la vérité.

Quand le petit être a commencé de bouger dans mon ventre à 4 mois et demi de grossesse, la OUI, ça a été… bizarre et ça m’a fait rigoler. Et depuis, jusqu’au moment d’accouchement, chacun de ses mouvements a été une émotion difficile à décrire, un frisson d’excitation, protégé par une caresse de ma part, même quand elle me défonçait les cotes avec ses pieds. Ces petits moments, OUI, ont été les plus beaux de cette période. Tous les sushis, les tartares et les Monacos ne valaient pas ces moments !

Et au bout de 39 semaines et quelques jours… le « jour J » est arrivé. J’ai expérimenté la « perte des eaux » quand t’as aucun contrôle de ton corps…. C’était vers 2 heures du mat. Et hop une douche, et j’ai pris la route à pied vers la clinique, sans contractions – comme si j’allais faire une balade pour… une livraison  : « Bonjour ! Je pense que j’ai perdu mes eaux ! », dis-je à accueil. « Montez ! », me répond, très calmement. Comme dans un spa…

Vers 18h00 ont commencé les COOOOOOONNNTRRRRAAACTIOOOOOOOOONNS ! Et la, le papa me dit que j’ai changé de voix. Comment expliquer ces douleurs ? Mmmmm… la chair de mes jambes tremblait, j’étais en sueur, j’avais l’impression que… c’est vrai que t’oublies comment ça fait mal, je n’arrive pas à décrire cette douleur.

Quelques minutes plus tard, la péridurale, le graaaaaaaal quoi ! C’est vrai, ça soulage, mais pas trop, j’étais consciente qu’il fallait finir le boulot. Dans plus d’une heure, encore des COOOOOOOOooooooONNNTRRRRAAACTIOOOOOoooooOOOONNS  (l’effet de la péridurale était passé). « Il faut pousser, madame ! », comme criait mon gynécologue. « Alleeeeeeeeeeezzz ! Encoooore !!! Alllleeeeezzz », c’était comme un match de foot – moi, derrière l’écran, eux, devant.

Je n’ai pas été terrorisée par mon accouchement, pas du tout ! Bon, ce n’est pas un truc que j’aimerais faire tous les weekends par exemple. Ça fait mal, très mal, mais pas au point de plus le refaire… la nature est bien faite quand même, on oublie assez vite cette douleur, et tant mieux j’ai envie de dire.

Le 22 décembre 2017, à 21h36, Bianca a vu, pour la première fois, sa mère et son père. Enfin, elle a vu autre chose que l’intérieur de mon bide. J’ai pas pleuré (mais son père oui), j’ai été contente qu’elle soit sortie, et émerveillée par ses yeux grand ouverts, ses mains qui s’agrippent à mon corps fatigué, comme elle me cherchait. « Et ? Comment je vais faire maintenant? », c’était ça dans ma tête.

Les jours qui ont suivi, ont été durs, très durs : problèmes avec la montée de lait, la fatigue, pas d’allaitement de folie. J’avais pas calculé ça, j’imaginais que tout le monde peut le faire, rien de compliqué, j’avais même pensé « si je vais avoir beaucoup de lait, je vais pouvoir en donner aux enfants prématurés ». Bon, ça n’était pas pour cette fois-ci… Un détail qui m’a hanté une bonne période, pas pouvoir allaiter son bébé… « Pas grave, je vais essayer de lui offrir de l’amour, des caresses, de la douceur…. », je me suis suis dit…

Après presque 5 mois, je me rends compte que c’est le boulot le plus dur du monde, celui d’être mère. Dans les tous premiers mois, tout le monde me disait : « Profite de ces moments, car ils passent tellement vite! » Putaing, on a pas la même perception des choses, car au début, moi j’avais l’impression de vivre un jour sans fin, comme dans le film, en plus, avec une sensation horrible d’être comme décédée de fatigue. La seule chose que je voulais c’était de me réveiller (après un bon long sommeil) et la trouver GRANDE. Pas prête pour me faire un café, mais assez grande pour s’essuyer toute seule le cucul, par exemple. Maintenant, Dieu merci, ça va beaucoup mieux – elle me fait des sourires, elle joue, elle sort des petits cris, elle me fait des petites caresses, du coup tout passe beaucoup mieux, on communique, il y a une interaction entre nous, la vie est plus intéressante. Et ça va l’être encore mieux plus tard, c’est sur! Je n’attends que ça!

Qu’est-ce qui c’est passé dans ces presque 5 mois ?

  • Je me suis habituée avec la fatigue (c’est pas tout a fait réussi, ça m’arrive encore de devenir hystérique à cause de la fatigue). En tout cas, je me comporte mieux qu’au début. Bianca n’est pas un bébé difficile, pas du tout, mais ce nouveau rythme fatigue.

  • Je me suis posé milles questions sur comment ça serait mieux pour elle (c’est mon premier, c’est normal j’imagine)

  • J’ai pleuré une bonne dizaine de fois à la regarder quand elle dort

  • J’ai appris à changer les couches (la dernière fois que j’ai changé un bébé, il y a 3 ans, j’ai mis la couche à l’envers – il n’a pas souffert, ça va)

  • J’ai appris la patience, chose que je n’ai jamais eu jusqu’à il y a 5 mois ( très souvent j’ai été cataloguée comme la personne la plus impatiente au monde). Je me suis surprise moi-même. Et c’est venu naturellement, sans me forcer. Même quand elle pleure, ça ne me fait pas exploser les oreilles, c’est un bruit que je peux accepter facilement, sans m’énerver
  • J’ai appris à me réveiller à 2h, 3h, 4h ou 5h du mat avec le sourire, parce que je vois son sourire. C’est con, hein?

  • Je n’ai lu aucun livre sur «comment élever son enfant», et je le vis très bien, car je fais appel à mon instinct plus que d’habitude

  • Petit à petit, je commence à accepter mes cernes. L’autre jour j’ai voulu m’acheter une crème anti-cerne et après un moment de réflexion, j’ai dit à la vendeuse, une chose que j’ai jamais dit de ma vie quand je veux m’acheter un truc – «je vais réfléchir!»

  • J’ai (re)appris à être au lit à 22h avec un livre que pour moi (et j’adore ça)
  • Pour passer du temps avec moi-même, je vais, de temps en temps, au cinéma toute seule

  • Je m’habitue, petit à petit, avec le désordre dans ma maison et avoir des plus en plus moins de place pour mes chaussures et pour mes tonnes de vêtements – au bout d’un moment il faut savoir faire la place pour les autres aussi

  • J’ai appris que le 3 noté sur les couches n’est pas pour l’age du bébé – c’est la taille lié à son poids… Ça alors….

  • Je n’ai jamais pensé être si contente à la vue d’un bon caca tous les 2-3 jours

  • Et j’ai besoin (plus que jamais) d’avoir une vie sociale, reprendre un boulot, en dehors de dodo caca pipi vomi. Pour mon bien et pour le sien aussi, car je veux qu’elle soit entourée par plusieurs personnes, se développer avec d’autres enfants, changer les jouets et les maladies, devenir plus forte. Et c’est bien pour ça que je cherche une crèche, et ça, c’est une autre chose merdique en France – trouver une licorne c’est plus faisable que trouver une place dans une crèche…

    Chapeau-bas aux mamans qui élèvent toutes seules leurs enfants, qui préfèrent rester à la maison avec leurs enfants, car pour moi, elle sont des vraies héroïnes. Ça c’est un boulot de championne !